Dans une interview accordée au Monde Informatique, Walter Peretti, enseignant et responsable de la majeure Objets connectés et Cybersécurité de l’ESILV, analyse les liens entre souveraineté numérique, cyber-résilience et formation des ingénieurs. Son intervention fait écho aux évolutions de la Stratégie nationale de cybersécurité 2026-2030 et aux nouveaux défis auxquels sont confrontées les organisations.
Face à l’évolution des menaces et à la dépendance croissante envers certaines technologies, les entreprises doivent élargir leur approche de la cybersécurité. Dans cet entretien, Walter Peretti revient sur les transformations en cours et sur les compétences désormais attendues des futurs ingénieurs.
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La cyber-résilience comme nouveau cadre de réflexion
Selon Walter Peretti, la multiplication des cyberattaques et le contexte géopolitique conduisent à repenser les stratégies de protection des organisations. La question ne consiste plus uniquement à empêcher une intrusion, mais à garantir la continuité des activités lorsqu’un incident survient.
Il souligne que la cyber-résilience dépasse aujourd’hui le seul périmètre de la cybersécurité. Cette approche intègre la prévention, la capacité d’absorption des crises, la reprise d’activité ainsi que l’analyse des risques liés aux dépendances technologiques.
Dans cette perspective, une organisation doit être en mesure d’anticiper différents scénarios, y compris une attaque coordonnée ou une défaillance de fournisseurs critiques.
Dépendances numériques et souveraineté
L’interview met également en avant la relation entre souveraineté numérique et résilience. Walter Peretti évoque notamment l’Indice de Résilience Numérique (IRN), un outil permettant d’évaluer les dépendances numériques d’une organisation et leurs conséquences sur sa capacité à poursuivre ses activités.
La souveraineté ne signifie pas l’absence de dépendance, mais la capacité à conserver une marge de décision. Une stratégie reposant sur plusieurs fournisseurs peut ainsi limiter les risques lorsqu’un acteur devient indisponible ou modifie brutalement ses conditions d’utilisation.
Cette réflexion prend une dimension particulière alors que les administrations françaises accélèrent leur stratégie de réduction des dépendances technologiques, notamment à travers les orientations annoncées par la Direction interministérielle du numérique (DINUM).
La dimension humaine au cœur de la résilience
Au-delà des aspects techniques, Walter Peretti insiste sur le rôle des collaborateurs dans la sécurité des organisations.
Pour lui, la résilience repose sur une mobilisation collective impliquant les directions, les managers, les ressources humaines et l’ensemble des équipes. Les campagnes de sensibilisation ponctuelles montrent leurs limites si elles ne s’accompagnent pas d’une véritable culture du risque.
Cette approche rejoint les orientations de la Revue nationale stratégique, qui met en avant la capacité des organisations et de la société à faire face aux crises, qu’elles soient numériques, sanitaires ou géopolitiques.
Former des ingénieurs capables d’intégrer les enjeux géopolitiques
Ces évolutions se traduisent également dans les enseignements proposés au sein du cycle ingénieur de l’ESILV.
L’école propose notamment un parcours transversal Souveraineté Numérique et Défense, accessible aux élèves ingénieurs, qui complète les enseignements techniques par des contenus consacrés à l’intelligence économique, à la géopolitique, à la théorie du renseignement et aux nouveaux conflits informationnels.
Cette approche permet aux futurs ingénieurs d’appréhender les choix technologiques dans leur environnement économique, politique et stratégique.
Walter Peretti souligne que l’intérêt manifesté par les étudiants pour ce parcours témoigne de l’évolution des compétences recherchées. Les connaissances techniques restent indispensables, mais elles s’accompagnent désormais d’une compréhension plus large des enjeux de souveraineté, de guerre informationnelle et de résilience des organisations.
La majeure Objets connectés et Cybersécurité de l’ESILV
La majeure Objets connectés et Cybersécurité prépare les futurs ingénieurs à concevoir, sécuriser et administrer des systèmes connectés dans des secteurs où les enjeux de protection des données, des infrastructures et des réseaux sont devenus centraux.
Les enseignements couvrent la cybersécurité, les architectures des systèmes d’information, les objets connectés, les réseaux, les systèmes embarqués ainsi que les méthodes d’analyse et de gestion des risques.
Cette formation est complétée par des projets et des parcours transversaux permettant d’aborder les dimensions réglementaires, stratégiques et géopolitiques de la sécurité numérique.
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This post was last modified on 29 juin 2026 4:50 pm